Accueil - Liens - Téléchargez

 

 

 

Reconstruction artificielle basse technologie des récifs coralliens. Pourquoi et comment.

1- Introduction

Que cela soit en raison des activités directes des hommes (tourisme, pêche avec des moyens illégaux, sédimentation,…), des effets associés (réchauffement de la planête et des mers – El Nino), ou de phénomènes naturels (tempêtes), les récif coralliens souffrent partout.


Pêche à la dynamite – Philippines  - Photo Thomas Heeger

Les effets de cette mortalité sont énormes, tant sur le tourisme, que sur la capacité des récifs à subvenir aux besoin des populations humaines, que cela soit la nourriture, ou la protection offertes par des barrières saines capables de s’autoréparer.

Il existe des opportunités de renverser cette tendance, par la mise en place d’opérations de culture coralliennes et de reconstruction artificielle des récifs, avec la participation active des populations locales. De telles opérations apportent un grand nombre de bienfaits :

  • Education des populations locales sur l’importance et la valeur du corail, ce qui facilite sa protection
  • La valorisation du corail permet d’envisager son exploitation durable
  • Les pêcheurs peuvent vivre de la culture du corail plutôt que de la pêche intensive
  • La production artificielle de colonies coralliens permet la restauration de récifs locaux détruits, voire l’exportation vers les marchés aquariophiles sans impact sur le milieu naturel.

 

2- Elevage captif et restauration basse technologie

L’élevage captif du corail n’a rien d’une utopie. Elle se pratique aussi bien en ville et appartement avec peu de moyens, qu’en milieu naturel, avec diverses méthodes possibles.


Exemple de résultat en aquarium privé

A titre d'illustration, consultez la page suivante :
http://mars.reefkeepers.net/movie.html
Vous y verrez pousser du corail en aquarium

Utilisation de techniques « électriques » afin d’accélérer la calcification du corail (par électrolyse) :


Structure artificielle électrifiée aux Maldives
Expérience Thomas Goreau

Il est possible d’atteindre des résultats très intéressants via l’élevage direct en milieu naturel. Aucune technologie lourde et coûteuse n'est nécessaire, et des capacités de production importantes sont possibles. Les risques associés à de telles production sont cependant liés soit aux vols possibles, soit aux catastrophes naturelles ou aux problèmes politiques locaux.

Voici un exemple de fermage réalisé aux Philippines par Thomas Heeger, où les populations locales ont été impliquées, avec les effets positifs déjà cités. Cette expérience a été présentée par Thomas Heeger pendant le CIRCoP en février 2003, sous le titre « L'élevage du Corail par les pêcheurs : une nouvelle chance d'arrêter la destruction des récifs ? »


Voici une présentation rapide de son expérience :

Les philippines ayant interdit l’exportation du corail, l’élevage n'a ici pas d’autre but que de permettre la restauration de récifs, avec pour principaux débouchés les hotels qui souhaitent reconstruire leurs abords. La ferme permet de produire jusqu’à 10 000 boutures par mois, avec un coût de revient quasi nul.

Le prélèvement des souches mères se fait en milieu naturel :


Bouturage d’une branche d’Acropora

Puis ces boutures sont fixées sur des supports en béton par les femmes des pêcheurs :


Montage des boutures sur leur support, avec du fil de fer

Les boutures ainsi préparées sont réparties dans divers enclos en fonction de leur stade de développement et/ou de leurs besoins (profondeur, courant,…) :


Un plongeur-éleveur en train de disposer des boutures dans un enclos,


et une vision des enclos vus de la surface

En peu de temps (quelques semaines), les boutures encroûtent leur support, se stabilisent, et commencent à pousser et à former des branches :


Bouture d’Acropora s’encroûtant sur son support

La restauration d’un récif se fait alors simplement en fixant par exemple 4 colonies par mètre carré, à l’aide de fil de fer ou de nylon. La colle epoxy bi-composants (spéciale) peut aussi être utilisée, mais est plus coûteuse.


Autre exemple aux Iles Salomon :

    Cette technique de bouturage est utilisée sur de grandes échelles par d'autres fermes d'élevage de coraux, comme aux Iles Salomon :


Mais cela fonctionne aussi très bien en aquarium :

Un corail est dit fragmenté lorsqu'une partie de la colonie, pourvue de polypes vivants, est séparée du reste de la colonie. Cet événement est très courant chez les coraux branchus ou les gorgones en raison de la fragilité de leur structure. Un poisson (tel les Balistes Titan par exemple), de forts remous ou une pierre qui tombe peuvent ainsi briser une partie de la colonie, qui, en se fixant sur la roche non loin, donnera une nouvelle colonie autonome. Cette méthode de reproduction semble être celle la plus utilisée par les coraux durs branchus, de préférence même à la reproduction sexuée en raison du faible taux de mortalité, comparativement. Certaines espèces auraient même évolué au point de n'utiliser qu'exclusivement cette méthode pour se propager. La présence d'invertébrés foreurs (éponges, vers,...) est supposée faciliter cette fragmentation, en fragilisant la colonie à un endroit donné.

Certains coraux, tels les Sarcophytons, dont le corps ne prête guère à une fragmentation accidentelle, ont élaborés un mécanisme qui leur permet d'autodécouper leur partie supérieure, générant de petits bouts qui formeront autant de nouvelles colonies potentielles.

Si cette fragmentation est réalisée naturellement dans la nature, elle est aussi la préférée des aquariophiles marins et des spécialistes de la restauration des récifs naturels. Des fragments de coraux branchus sont délicatement détachés d'une grande colonie :

Ces fragments, manipulés avec soin, peuvent rester quelques minutes hors de l'eau (à l'ombre et sous une température modérée de 20 à 28 °C) sans en souffrir, ce qui laisse le temps de préparer leur support :

Voici ici un fragment d'Acropora sp. fixé à une roche grâce à une boule de résine bi-composants spéciale (la Super Glue et les pistolets à colle sont aussi utilisés, de même que le fil de nylon, des résilles légères ou les câbles plastiques pour électriciens). L'Acropora aura tôt fait de recouvrir la résine de son squelette et de pousser pour créer une magnifique colonie. Dans la nature, si le fragment est maintenu en position par le support sur lequel il se trouve, il se fixera de lui-même. Ce processus de fixation peut se faire en quelques jours ou en quelques semaines dans de bonnes conditions pour certains coraux comme les Acropora, le Xenia, les Actinodiscus, les Sarcophyton, etc... Cette fixation solide au substrat n'est pas l'apanage de tous les coraux durs. Les coraux qui choisissent cette méthode sont souvent ceux qui poussent le plus rapidement, car en investissant dans une croissance rapide plutôt qu'une consolidation, ils encouragent la fragmentation.

Le bouturage des coraux relève globalement de techniques assez simples qui sont décrites dans certains livres et sur le web (voir le GARF : www.garf.org). Dans de bonnes conditions, la croissance des coraux permet une multiplication "rapide". Les coraux mous et durs à petits polypes peuvent ainsi facilement fournir des dizaines de boutures par colonie, chaque année.

Voici par exemple une colonie d'Acropora sur laquelle une branche a été enlevée délicatement avec une pince :

Notez l'apparition, quelques semaines après la brisure, de la cicatrisation des tissus et de l'apparition d'une quinzaine de polypes.
2 mois plus tard, 3 branches auront poussé, la plus grande mesurant 2 cm. Avec une croissance minimum de 1 cm par mois, les 3 branches filles mesureront environ 5 cm 6 mois après l'amputation de la branche mère, et permettront 3 nouvelles boutures là où une seule avait été possible.

Imaginez le nombre de boutures réalisables sur une colonie comme celle ci-dessous, qui a poussé en 18 mois : 30 ? 40 ? 50 ? Tout en laissant une colonie de grande taille pourvue de nombreuses branches qui ne manqueront pas de croître et multiplier à nouveau !

A partir d'une telle colonie, on peut envisager de récolter 50 boutures tous les 6 mois, soit 100 par an. Ces 100 colonies pourraient tenir dans quelques aquariums de bonne taille.


3- Concept possible d’un projet

Sur la base de ce très rapide exposé du possible, on peut imaginer un projet cadencé de la sorte :

1-     Définition d’un site candidat à la restauration artificielle.

2-     Expédition « pilote » sur place, à effectif réduit, afin de restaurer une surface restreinte (10 à 50 m2), en utilisant des fragments de coraux trouvés sur place. Le but est ici de démontrer pratiquement que l’opération est faisable, d’expérimenter la méthode avec de futurs actueurs potentiels, de former des « surveillants-animateurs » locaux afin qu’ils puissent monitorer le site dans la durée. Des images sont prises lors de la reconnaissance du site, en cours de restauration, et une fois l’opération terminée. Les images serviront autant à la promotion de l’expérience qu’à l’analyse des résultats.

3-     Le site expérimental est laissé à lui-même, afin de donner aux boutures le temps de pousser. La surveillance est maintenue, avec des rapports réguliers agrémentés de photos.

4-     Une fois l’expérience jugée satisfaisante et convainquante, un programme de plus grande envergure peut commencer :

o       création d’une ferme d’élevage avec formation d’exploitants locaux
o       prospection de sites à restaurer

Bien entendu, tout cela peut être envisagé sous diverses formes, voire même dans le sens inverse. A noter que les plongeurs de passage pourront être mis à contribution, en leur demandant de planter eux-même une bouture. L’effet en termes de prise de conscience et de communication peut être très efficace.

Sur la base d’une croissance de 1 cm par mois pour des coraux durs branchus type Acropora, il doit être possible d’obtenir l’autarcie en termes de production (pas de prélèvement dans le milieu naturel) en 2 ans, avec une production annuelle importante.

Exemple théorique : une petite colonie sauvage est segmentée en 20 boutures de 5 cm. Ces 20 boutures vont croître de 6 cm dans les 6 mois, pour mesurer une dizaine de cm de haut, avec en moyenne 3 branches de 5 cm. En 6 mois, nous pouvons donc avoir :

ð     20 boutures mères
ð     60 boutures filles

En 6 mois de plus , nous pouvons donc avoir :

ð     20 boutures mères
ð     60 nouvelles boutures filles
ð    
60*3 = 180 boutures « petites filles »
ð     Soit 260 boutures au total en théorie.

4- Conclusion

Ce genre de projet nécessite les moyens suivants pour être réalisable :

-         L’appui et le support actif de résidents locaux, et idéalement d’un hotel et centre de plongée
-         L’appui des autorités locales
-         La sélection de sites aptes à la restauration et/ou à l’élevage
-         Le recrutement d’éleveurs locaux, avec la communication associée
-         La formation des « éleveurs » locaux  et leur encadrement technique
-         La disposition de plongeurs familiarisés avec la manipulation et le bouturage du corail
-         Les moyens financiers associés.

Ce type d’action est menée aux Philippines, aux iles Salomon et ailleurs. Pourquoi ne pas tenter l’expérience ailleurs ?


Photo : Dr. Antonio Ortiz. Projet de Restauration à Puerto Rico.


5- Associer les plongeurs


Cet élevage en milieu naturel, associé aux populations locales, peut aussi être combiné avec le passage des plongeurs : certaines techniques de bouturage étant simples à réaliser, il peut être envisagé de proposer aux plongeurs de passage de planter eux-mêmes une bouture sur un récif en cours de restauration. Cette action simple et économique, impliquante, permet se sensibiliser chaque plongeur au corail (via un bref exposé préalable), tout en lui donnant le sentiment d'avoir participé. Il est probable que de telles actions marqueraient les esprits et participeraient à une prise de conscience.

L'élevage de boutures peut d'ailleurs n'avoir pour objectif que de fournir les boutures qui seront replantées par les plongeurs.

 

Quelques liens :

Un article publié sur le web à propos de la ferme aux Philippines :
http://mars.reefkeepers.net/Articles/CoralFarm/CoralFarmFR.html

Les stratégies de reproduction du corail, exploitables souvent artificiellement :
http://mars.reefkeepers.net/Articles/ReproCorail/Reproduction.html



Accueil - Liens - Téléchargez
info @ reefkeepers.net